Éducation sexuelle : peut mieux faire

En juin dernier, le Haut Conseil à l’égalité entre les femmes et les hommes (HCE) a publié un rapport qui fait le point sur l’éducation sexuelle en France, à l’heure actuelle. Les sujets soulevés y sont nombreux. Et les constats assez négatifs.

Le rapport HCE est disponible ICI en pdf.

« Oh non ! Le méchant stérilet ! Il empêche le spermatozoïde de passer et ne pourra donc pas féconder l’ovule. »

En ce qui me concerne, mes cours d’éducation sexuelle au collège comme au lycée se sont révélés assez pauvres et rétrogrades. A titre d’information, j’ai obtenu mon Bac en 2012, le témoignage que je rapporte ici est donc assez récent. Au collège, les cours d’éducation sexuelle étaient assurés par les profs de Sciences de la vie et de la terre (SVT). En guise de cours, iels nous diffusaient chaque année la même cassette VHS pourrie : en dessins animés, un ovule rose et un spermatozoïde bleu étaient désespérément amoureux l’un de l’autre. Iel fallait qu’iels se retrouvent ! Mais c’était sans compter sur les méchants contraceptifs (tel le pauvre stérilet) qui s’interposaient entre eux. ( Bizarrement, le petit dessin animé n’abordait absolument pas l’interruption volontaire de grossesse… ) Qui plus est, comme le souligne le rapport, les notions de consentement et de plaisir sexuel brillent par leur absence dans les programmes et les manuels scolaires. Et les autres sujets comme les MST, les moyens contraceptifs, la reproduction…, s’ils sont, quant à eux, largement évoqués, font souvent l’objet d’un ton moralisateur qui laisse peu de place à l’échange et aux dialogues avec les jeunes. Pourtant, la moitié des adolescents ont aujourd’hui leur premier rapport sexuel à 17 ans.

 

Clitoris, késako ?

Pour ma part, la sexualité à l’école se résumait très simplement : préservatif, pilule, bébé, sida. A aucun moment je n’ai été invitée, en tant qu’élève, à exprimer mes craintes ou mes interrogations. A aucun moment on m’a parlé de mon clitoris. A aucun moment je n’ai entendu parler d’agressions sexuelles. Certes, mon collège était très prude, fermé d’esprit et entretenait la culture du viol. Nous les filles, n’avions par exemple pas le droit de laisser apparaitre nos bretelles de soutiens-gorge car ça pouvait « émoustiller les garçons ». Malgré tout, comme le montre le rapport du HCE cité plus haut : je suis loin d’être un cas isolé. Certain.e.s chercheur.e.s parlent même « d’excision culturelle » du clitoris : « en 2012, le clitoris ne figurait toujours pas dans le dictionnaire Larousse Junior des 7-11 ans alors que les testicules et le pénis y sont cités » affirme le rapport HCE. Pour ma part, mes manuels scolaires étaient divisés en deux parties : une « pour les filles », en rose et l’autre « pour les garçons », en bleue. La première traitait de la pilule contraceptive, des règles et des MST. La deuxième des capotes, de l’éjaculation et autres histoires de sperme et des MST. A ce jour, je ne comprends toujours pas l’intérêt d’une telle division des sujets et du code couleur qui va avec.

Une fille de 13 ans sur deux et une fille de 15 ans sur 4 ne sait pas qu’elle a un clitoris.

83% des filles et 68% des garçons de 3ème et de 4ème ne connaissent pas la fonction du clitoris.
(page 37 du rapport HCE)

 

 

Évidemment, sans informations dignes d’intérêt à se mettre sous la dent, que faisions-nous, jeunes adolescent.e.s que nous étions ? Nous allions pêcher les réponses à nos questions sur internet et dans le Dico des filles (connu pour son ton moralisateur, conservateur, sexiste et hétérocentré). Voir sur des sites porno (je ne ferai pas de procès d’intention à la pornographie, qui est un sujet plus vaste qu’il n’y parait et qui mériterait un article entier). Très vite, en entrant dans l’adolescence, j’ai commencé à me manger quelques douces injonctions dans la gueule. Filles et garçons sont concerné.e.s. Mais les premières subissent une double peine :

 « Les filles sont naturellement passives et doivent se rendre désirables aux yeux des hommes. Mais pas trop quand même. Elles ne doivent pas coucher trop facilement ni trop souvent. Sinon ce sont des filles faciles qui ne méritent pas le respect. »

« Les mecs eux, se doivent d’être au top de la virilité tout le temps. Ton pénis ne doit pas être trop petit et si tu éjacules trop vite c’est que t’es un faible. »

Ces stéréotypes sexistes ont la vie dure. En découlent des conséquences fâcheuses, voir dramatiques. A mon époque au collège (entre 2006 et 2009), iel y avait déjà des filles cyber-harcelées sexuellement par des mecs de nos classes. L’une d’elles a vu des images de son corps prises à son insu, en culotte, circuler sur les portables de toustes les collégien.ne.s. Sa réputation de « fille facile » a ainsi été créée, et l’a poursuivie jusqu’au lycée, voir peut-être même après. Et c’est bien connu, si t’es un mec et que t’arrives pas à baiser une « fille facile » alors c’est que t’as rien dans le calbute. Et c’est bien connu aussi, qu’une fille, si elle dit non, faut la forcer un peu, jusqu’à ce qu’elle cède. Tout ça c’est bien sûr de la grosse merde. Malheureusement, grâce à la lâcheté des établissements scolaires, conjuguée à celle des responsables gouvernementaux, ces stéréotypes sexistes, homophobes et dangereux continuent tranquillement à polluer l’esprit de beaucoup de jeunes.

hce rapport éducation sexualité

Extrait du rapport HCE

Les violences sexistes à tout âge

En ce qui me concerne, j’ai aussi connu du cyber-harcèlement et de la violence sexiste à l’école. Moi, j’étais l’imbaisable du collège. J’étais tellement imbaisable que mal-baisée aurait été une promotion à m’offrir. « Eh Sarah, t’as un mec ? Non ? Hahahaha !!! Tu m’étonnes !!! » ; « Sarah, elle est tellement moche qu’on la confond avec la poubelle. » Textos, appels, messages vocaux inamicaux… J’en ai reçu quelques-uns. J’ai été plusieurs fois en parler à la directrice, en pleurs. Tout ce qu’elle a trouvé à me répondre a été :

« Je ne peux rien pour toi. Tu devrais être assez grande pour régler tes comptes toute seule. »

Heureusement pour moi, à cette époque, peu d’entre nous avions des téléphones portables et Facebook est arrivé sur le tard. Je me considère comme chanceuse : je n’ai pas été poussée jusqu’au suicide comme certaines adolescentes. Le cas de Marion Fraisse n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Le harcèlement scolaire dans les écoles n'est pas une fiction

Le harcèlement sexuel dans les écoles n’est pas une fiction

Et si on repensait complètement l’éducation sexuelle en France ? Et si on offrait un peu plus la possibilité aux jeunes de s’exprimer, d’échanger, de partager ? Et si on arrêtait de les prendre pour des quilles « trop jeunes et immatures pour comprendre » ? Pour comprendre quoi au juste ? Selon cette enquête menée par le gouvernement en 2010, 1 femme sur 10 de moins de 20 ans déclare avoir été agressée sexuellement au cours de sa vie. D’après cette autre enquête menée par des chercheur.e.s de l’Inserm, parmi les femmes déclarant avoir été victimes de viol(s) ou de tentatives de viol(s) au cours de leur vie, 59% l’ont été pour la première fois alors qu’elles étaient mineures. Pour ma part, lorsque j’étais lycéenne, 6 de mes copines avaient déjà été violées, dont 4 lorsqu’elles étaient mineures. L’une d’elles avait même 4 ans au moment des faits. Beau-père, voisin, petit-ami, cousin… Toutes connaissaient leur agresseurs, comme 83% des victimes de viols.

Pour 2 français.e.s sur 10, une femme qui dit « non » pense « oui ».

Pour 61 % de français et 65 % de françaises, un homme a « plus de mal à maîtriser son désir qu’une femme ».

Source : Enquête Ipsos

 

Il serait temps d’enlever la merde qui déborde de nos yeux : les violences sexistes commencent très tôt et font le lit de celles perpétrées à l’âge adulte. Il est urgent d’aborder ces thématiques en profondeur à l’école. Il n’y a pas d’âge pour en parler : que l’on ait 4, 8, 12 ou 16 ans, seule la manière d’aborder le sujet compte. A l’étranger, comme au Canada par exemple, plusieurs initiatives ont été mises en œuvre pour introduire les enfants aux sexualités et en leur permettant de s’exprimer, comme l’explique cet article de Radio Canada. De même en Belgique avec ce reportage de Rue89 qui montre bien que « les enfants ne vivent pas dans des caissons » et sont au contraire confrontés très tôt à des images et des messages qui parfois les dépassent, et qu’ils ont besoin d’exprimer. Mais l’herbe n’est pas plus verte chez lea voisin.e. Et iel existe probablement des initiatives en France tout aussi intéressantes. J’attends (avec impatience) de les voir prises en compte. Et mises en œuvre.

la mal-baisée

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *