Guide de survie féministe post-électoral

Avant tout autre chose, je vous dois une confession chè-re-s lecteurices : je n’ai jamais éprouvé autant de difficulté pour rédiger un article sur ce blog que pour celui-ci. Mes pensées n’ont été occupées que par les événements politiques présents, mais pour autant, je n’avais nullement envie d’écrire sur le sujet.

Alors, à défaut de mieux, voici une liste, intitulée « Guide de survie féministe post-électoral »,  que je me suis écrit à moi-même au lendemain des résultats du 1er tour, en me posant beaucoup de questions et que j’ai choisi de partager ici.

1/ Pour être de véritables allié-e-s

A l’heure où j’écris ces lignes, le résultat du 1er tour est tombé, brutal. Peu importe la finalité de cette élection, la preuve que la France est un pays raciste, sexiste, homophobe, xénophobe, islamophobe etc, est là, tangible et violente sous nos yeux, à rappeler à bon nombre de personnes, que pour beaucoup, elles sont les indésirables, les boucs émissaires. Le Pen a franchit le cap du 2nd tour, récoltant plus de 7 millions de voix, sans que cela n’étonne personne, sans qu’aucun journal national ne titre, (contrairement au scénario similaire de 2002) : « Le choc ! ». Non, que la France soit raciste ne surprend désormais plus personne. Oui mais voilà, moi, j’ai la chance d’évoluer dans des milieux aux idées similaires aux miennes, d’être entourée et aimée. Et c’est probablement ce qui m’aide le mieux à me sentir vivante dans mon quotidien, car je ne me sens pas invisible. Au-delà de mes cercles intimes, je fréquente d’autres cercles sociaux, qui me donnent le sentiment de ne pas être qu’une fourmi dans la masse, mais d’avoir un impact, certes petit, mais réel sur le monde qui m’entoure. J’ai la chance de n’avoir aucune entrave, pour aller manifester, pour me déplacer, pour revendiquer mes idées. Et je compte m’appuyer sur ces chances inouïes dans les prochaines années, les prochains mois. Exister dans notre société, lorsque l’on est, comme moi, blanche, cisgenre, diplômée, sans handicaps, n’est PAS compliqué. Ce qui m’amène à la question à laquelle je cherche à répondre aujourd’hui :

« comment puis-je me servir de mes privilèges pour transformer le système et être une bonne alliée ? »

C’est une question qui se pose inévitablement, à un certain stade de son militantisme, mais qui devient incontournable et essentielle à l’heure actuelle pour nous tou-te-s. Par « allié-e », j’entends être auxiliaire des luttes desquelles je suis non-concernée. (Exemple : je suis blanche, comment puis-je être un bon soutien aux luttes antiracistes sans prendre la parole à la place des concerné-e-s ?). Personnellement, je m’engage du mieux que je peux au quotidien, en prenant part aux manifestations contre les violences policières par exemple, ou tout simplement en relayant la parole des concerné-e-s sur les réseaux sociaux (violences racistes, transphobes etc). Dans cette atmosphère pesante d’entre deux-tours, nous sommes nombreux-ses à nous demander si nous allons voter Macron et « faire barrage au FN » ou voter blanc/s’abstenir pour nos convictions. Dans les deux cas, il y a de très bons arguments.

 

 

Pour moi, si Macron n’est certainement pas un rempart au FN, il est définitivement l’une de ses rampes de lancement. Ce sont les politiques austéritaires qu’il porte (lui et tant d’autres) qui permettent au FN de prospérer, en précarisant encore plus les précarisé-e-s et en creusant l’écart socio-économique entre les classes populaires et les plus riches. La liste est longue des raisons de ne pas voter Macron. Parmi elles, sa volonté d’ubériser la France va conduire beaucoup de personnes, notamment handicapées, à ne plus pouvoir travailler (ce qu’il a d’ailleurs commencé à amorcer en 2014, voir ICI). Le 7 mai, j’aurais aimé pouvoir être dans la rue, à revendiquer mon « Ni-Ni » anti-totalitariste (qu’il soit fasciste ou bien capitaliste), mais je serai en déplacement dans une dictature d’Europe de l’Est, à regarder de loin les résultats, et quelque part, je crois que je ne m’en porterai pas plus mal. Vive le cynisme. Je ne jette pas la pierre à celleux qui comptent voter pour lui par dépit, à défaut d’autre chose. Chacun-e votera, ou non, selon sa conscience. Je l’ai dit plus haut, si Le Pen venait à remporter cette élection, je ne serais pas la plus en danger. Alors, peut-être qu’affirmer haut et fort, comme je le fais, que je me refuse à voter l’un-e ou l’autre, quoiqu’il en coûte, est à attribuer à mes privilèges. Et dans ce cas, suis-je une bonne alliée ? J’ai le sentiment que ce n’est pas vraiment à moi de répondre à cette question, mais pour fournir quelques pistes de réflexion à celleux qui le veulent, voici des ressources anglophones et que j’ai traduites, rédigées par des personnes concerné-e-s.

Pour être un-e bon-ne allié-e, cliquez ici :
https://www.whiteaccomplices.org/

Pour lire le texte en français, c’est par là :
http://bit.ly/2q98wxR

 

2/ Les bouquins de survie féministe

Cela fait longtemps que j’ai l’envie de partager sur ce blog des références féministes. Ce kit de survie est l’occasion idéale. La liste pourrait être très longue. Je ne citerai donc que mes favoris, mes « bibles » féministes. Tout d’abord, King Kong Theorie de Virginie Despentes. C’est le genre de livre qui se relit régulièrement, apportant toujours plus à mesure que l’on avance en âge et en déconstruction. C’est d’ailleurs en partie ce livre qui m’a inspiré le nom de ce blog. Une citation :

« Le féminisme est une révolution, pas un réaménagement des consignes marketing. »

En 2nde place, je recommande Beauté fatale, de Mona Chollet, qu’une amie m’a offert récemment et dont je n’ai pas encore terminé la lecture. Ce livre est une critique au vitriol de « comment les industries du « complexe mode-beauté» travaillent à maintenir, sur un mode insidieux et séduisant, la logique sexiste au cœur de la sphère culturelle. » Et comment, bien entendu, cela se répercute sur toutes les sphères de la société, y compris professionnelles. L’une des raisons pour lesquelles je trouve ce livre franchement chouette, c’est qu’il est très accessible dans son écriture. Je terminerai ce top 3 avec Moi, Malala, l’autobiographie de Malala Yousafzai, la jeune prix nobel pakistanaise célèbre pour son combat contre les talibans et pour l’éducation des filles dans son pays, et partout dans le monde. Ce livre est un condensé de courage et de peurs (ce qui n’est pas totalement négatif). Il donne à voir également sur les situations d’oppressions patriarcales en-dehors de nos frontières occidentales.

3/ La musique adoucirait les mœurs, selon la météo

Parmi les œuvres culturelles à conserver au chaud pour assurer sa survie féministe, il y a bien sûr des œuvres musicales. Dont Buffy Sainte-Marie, qui fut l’un de mes grands modèles militantistes féminins de mes années lycée. J’ai même eu l’occasion de la voir en concert dans mon patelin breton, à l’occasion d’un festival (autant dire que ce fut l’un des plus beaux jours de ma vie). Née dans la réserve Piapot au Canada, elle est d’appartenance Cris. Elle commence sa carrière dans les années 60. A l’époque, les compagnies de disque et le public s’attendent à voir débarquer une Pocahontas. Bien mal leur en a pris… Plusieurs de ses titres dénonçant les responsabilités américaines dans le génocide des Natifs et la violence militaire sont encore censurés aux USA. Ensuite, sans ordre de préférence, je conseille Casey, rappeuse française très engagée, qui vous fera aimer le rap malgré vous, mais aussi Poetic Pilgrimage, un duo hip-hop de deux britanniques musulmanes, elles aussi, très engagées notamment contre l’islamophobie. Et parce que c’est très dur de se restreindre à seulement 3 artistes, en voici d’autres : Nina Simone, Skunk Anansie, Ani DiFranco, Juliette Noureddine, les Pussy Riot, Anne Sylvestre…

Buffy Sainte-Marie – Starwalker

4/ Le cinéma de survie féministe

Alors là, faire un top 3 est trop compliqué. Récemment, deux séries américaines ont vu le jour, l’une, 13 Reasons Why, traite du harcèlement scolaire, du suicide adolescent et du viol et l’autre, Big Little Lies, met en scène 3 femmes issues de la classe aisée de la côte Ouest des États-Unis, et aborde avec brio la violence conjugale, le stress post-traumatique, le viol. Je recommande les deux, tout en avertissant sur le caractère violent de ces deux séries. J’ai cherché une série française à mettre dans ce top, sans succès. Cela ne veut évidemment pas dire qu’il n’y a que des merdes parmi les séries françaises, mais force est de constater qu’en matière féministe, nos voisins anglo-saxons (d’outre-atlantique mais aussi d’outre-manche) sont meilleurs. Au hasard, je cite : Unbreakable Kimmy Schmidt, Orange Is The New Black, Sense8, One Day at a Time… Concernant les films, là encore, me restreindre à un top 3 a été un arrachage de cheveux. J’ai conservé un coup de cœur de jeunesse pour le cultissime Thelma et Louise, mais la liste est longue : Contact (merveilleuse Jodie Foster) ; Easy Girl ; The to-do list (rare film à aborder la sexualité féminine adolescente sans user de trop de clichés) ; Wadjda ; Les femmes du bus 678 ; Hard Candy (violent) ; Incendies (très violent) ; The secret life of words (très violent), ou même le peu connu Harrison’s flowers, qui aborde avant tout les violences de guerre, ici en ex-Yougoslavie, à travers le point de vue d’une journaliste, Sarah Lloyd (film également très violent).

Orange is the New Black

5/ Péter la gueule au patria-ca-pitalisme

Habituellement, quand j’ai eu une mauvaise journée ou que j’ai dû essuyer des réflexions hautement pertinentes de masculinistes décomplexés, je suis d’humeur à rester zen. J’écoute des musiques relaxantes ou je regarde des vidéos de bébés animaux trop choupi. Permettez que je partage mes quelques remèdes de consolation. La preuve en images : ICI

Mais pour avoir une bonne patate, du genre de celle qui donne envie d’aller manifester, de péter la gueule au patriarcat et au capitalisme, rien de tel que quelques Bella Ciao et autres Hymne des femmes. La Compagnie Jolie Môme (vidéo ci-dessous) a de superbes adaptations, mi-théâtrales, mi-musicales.

Bon courage pour ce dimanche, et ceux d’après.

la mal-baisée

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