Harcèlement de rue : les ripostes

Parce que se faire harcelé.e dans la rue par un.e ou des inconnu.e.s, c’est chiant. Parce que parfois, t’aimerais bien pouvoir répondre mais que t’as la trouille ou que tu ne sais pas quoi dire. Mais parce que riposter, ça s’apprend, voici un petit listing qui pourra, je l’espère, t’aider au mieux.

Avant tout chose, souviens-toi que quoiqu’il arrive, ce n’est pas de ta faute. Non, ce n’est pas grave si tu n’as pas répondu. Personnellement, c’est un stage d’auto-défense féministe réalisé en 2015 qui m’a beaucoup aidé à prendre confiance en moi dans la rue et les lieux publics en tous genres ( stage qui ne se limite pas aux situation de harcèlement de rue (HDR) ). D’ailleurs, je conseille à toustes mes ami.e.s d’effectuer ce stage, si iels en ont l’occasion. Et il en va de même pour toi chèr.e internaute ! Ces stages s’adressent principalement aux femmes, mais parait-il qu’il en existe des mixtes également. Il suffit de taper « stage d’auto-défense féministe + le nom de sa ville/région » pour en trouver un. Ce stage nous apprend à penser à soi, à se fier à ses ressentis. Depuis lors, j’écoute davantage mes intuitions, et je ne culpabilise plus lorsque je décide de réagir. La riposte est un sport du quotidien. Répondre, ça s’apprend. Le simple fait de dire « non » est déjà une victoire. Et elle n’appartient qu’à toi. Si je te disais que la quasi-totalité des relous des rues sont en fait très lâches ? Car depuis que je leur réponds, ce n’est désormais plus moi, la fuyarde.

Enfin, les ripostes ne s’adressent pas uniquement aux victimes de HDR, mais aussi aux témoins. Depuis que je subis du harcèlement et des agressions dans les lieux publics, jamais personne ne m’est venue en aide. Ce n’est pas normal. Alors ouais, t’as peut-être les boules, mais dans ce cas, met-toi deux secondes à la place de la victime qui, elle, subit une double pleine : l’agression et l’obligation d’avoir à se démerder tout.e seul.e.

Image par Paye Ta Shnek

Image par Paye Ta Shnek

Se faire confiance et rester ferme

Cette semaine, je marchais en plein centre-ville, lorsque j’ai aperçu à travers mes lunettes de soleil deux hommes assis sur un banc, qui, me voyant arriver, m’ont fixé silencieusement et de manière très appuyée jusqu’à ce que je parvienne à leur hauteur. Je savais d’avance à quoi m’attendre. C’est d’ailleurs assez facile d’anticiper les relous. Le très usuel et quotidien « Eh madmoiselle ! Eh madmoiselle ! Eeeeh !!!! » a fusé. J’étais pressée. Pas le temps de m’arrêter afin d’expliquer en quoi ça m’emmerde de me faire harponner de la sorte 5 ou 10 fois par semaine. J’ai simplement balancé, par-dessus mon épaule et sans même prendre la peine de ralentir « Nan là j’ai vraiment PAS envie. » Ma voix était grave et forte. Mon ton ferme et assez dur. Ça a suffit à les décourager. Parfois, pas besoin de longs discours. Et on en sort fièr.e de soi malgré tout.

Mais parfois, certain.es sont plus « téméraires ». Ou plus chiant.es. Avant tout, le principal, est de respirer un grand coup et de se faire confiance. Oui, c’est dur. Exemples en situations :

« Eh salut la jolie ! T’es charmante. Eh j’te fais un compliment là ! Répond ****** [insérer ici l’insulte oppressive de votre choix] ! »

Face au relou, répéter, calmement : « Ce que tu fais, c’est du harcèlement. Ce que tu fais, c’est du harcèlement. Ce que tu fais, c’est du harcèlement. Ce que tu fais, c’est du harcèlement etc » à l’infini. Le relou tentera probablement d’insister. Il ne faut pas, dans la mesure du possible, se laisser démonter ! Et continuer, toujours sur le même ton calme et posé : « Ce que tu fais, c’est du harcèlement. Ce que tu fais, c’est du harcèlement. Ce que tu fais, c’est du harcèlement. Ce que tu fais, c’est du harcèlement etc ». La plupart en ont ras-le-cul et abandonnent la partie. Tu peux aussi sortir un truc qui n’a rien à voir : « La nuit, tous les chats sont gris ! » Et le répéter, éventuellement : « Quoi ? Tu comprends pas ? Mais c’est simple pourtant. Attend je t’explique : la nuit… La nuit, d’accord ? Tous les chats, c-h-a-t-s, sont gris ! La nuit… les chats… ? Toujours pas ? » Ça aussi, ça en décourage plus d’un.

« Eh madmoizelle ! Faut trop que tu bronzes là. T’es trop blanche, c’est trop moche ! »

Réponse : « Normal, j’suis un vampire. Si j’te vide de ton sang ça t’ennuie pas trop ? » Autre possibilité, s’exclamer avec un air horrifié : « VOUS POUVEZ ME VOIR ???? ( Seuls les morts le peuvent ! ) » Enfin, tu peux aussi fixer le mec en prenant un air assez absent, et te curer le nez le plus salement possible. Voir, manger ta crotte de nez. A noter que lâcher un énorme rot/pet fonctionne aussi. Crois-moi quand je dis que ça suffit souvent à en faire fuir plus d’un.

Pour les bruits de bouche, tu sais, ces bruits de succion dégueu que certains font à ton passage, en ce qui me concerne, j’applique la « solution secourisme » : « OH MON DIEU !!! Monsieur, vous allez bien ? Vite !!! Il suffoque, appelez les pompiers ! » 

 

Image par Paye Ta Shnek

Image par Paye Ta Shnek

Le pouvoir de la honte

Tous les harceleurs et les agresseurs ont un scénario en tête au moment du passage à l’acte. Leur répondre, c’est bien souvent interrompre ce scénario et les déstabiliser. Une amie m’a un jour raconté qu’elle était dans la file d’attente d’une caisse de supermarché. Elle a senti une main se coller à ses fesses et les tripoter. Sans même se retourner, elle a crié, devant tout le monde : « Excusez-moi, mesdames et messieurs ! Sauriez-vous me dire à qui appartient la main qui se promène actuellement sur mon cul ? » Le coupable a piqué un fard. Tous les regards étaient braqués sur lui. La honte et le poids du collectif sont deux éléments à ne jamais négliger, dans la lutte anti-relous. Dans le même genre, t’es assise dans le métro et un type te touche allègrement la cuisse. Tu as le choix entre le formuler tout fort comme précédemment ou bouger et aller ailleurs. Dans ce dernier cas, si une nana se pointe et s’assoie à côté du relou, tu peux te permettre de la prévenir. Et le mieux, c’est que tout le monde en profite : « Madame ! Je préfère vous mettre en garde : cette personne à côté de vous m’a tripotée sans mon consentement tout à l’heure. J’ai été obligée de changer de place. » En général, ça fait son petit effet.

 

La peur, cette broyeuse d’estomac

Mais il y a parfois des moments où l’on a peur. Où l’on se sent seul.e et démuni.e. Regarder son agresseur dans les yeux peut être terrifiant. Un jour, à un arrêt de tramway, sur un boulevard complètement désert, j’ai vu un type arriver et commencer à m’insulter. Il me hurlait dessus et levait sa main comme pour me frapper. « Tu fais quoi sale p*** ? Pourquoi tu regardes les horaires sur cette affiche ? Hein ??? Tu vas répondre sale c******* ou j’t’en colle une !!!! » J’étais terrorisée. Alors j’ai baissé la tête et j’ai fui. Je me suis sentie humiliée de me soumettre ainsi. Même si, évidemment, ce n’est pas à moi d’avoir honte. Je ne sais absolument pas quelle serait ma réaction aujourd’hui mais j’ai retenu une astuce lors de mon stage d’auto-défense : il s’agit de fixer le 3e œil. Si le regard de ton agresseur te bloque, t’effraie, regarde-le entre les deux yeux. Ne fixe que cette zone. Tu ne verras plus son regard, et lui ne s’en rendra pas compte. Si tu te sens le cran de répondre, mais que le regard te bloque, c’est une solution très utile. Dans certains cas, la peur a cette particularité de paralyser tous nos membres, de mettre en stand-by notre cerveau, de figer le temps. Je pense par exemple aux agressions sexuelles.

Pour se libérer de cette torpeur, tu peux crier. Inspire et expire profondément. Et hurle à t’en déchirer les poumons. Pense que tu veux briser toutes les vitres de toutes les maisons et de tous les immeubles à 10km à la ronde. Ça peut déstabiliser l’adversaire et pourquoi pas, t’aider à t’enfuir. Mais dans un contexte plus « léger », ça fonctionne aussi. Si par exemple un type a le malheur de te demander «Eh miss j’peux te poser 3 questions ? » tu peux te mettre à crier et agiter les bras dans tous les sens. Puis partir en courant. Un peu comme ça :

C’est très perturbant pour le relou, et assez drôle à raconter à ses ami.es par la suite. Pour terminer, j’ai également quelques conseils à donner aux témoins de HDR. Si une personne se fait clairement emmerder sous ton nez dans un lieu public, tu peux, au choix :

  • Prétendre connaître la victime : « Eh Sophie ! Ça fait un bail ! Alors quoi de neuf ? » Ce genre d’intervention est assez connue et permet souvent de déstabiliser le harceleur. Dans tous les cas, être à deux modifie déjà le rapport de force. Si on est avec des ami.es, on peut aussi le faire en groupe.
  • S’interposer franchement : « Bon, là ça suffit ! Cette personne ne veut pas vous parler ! Ce que vous faites, c’est du harcèlement ! » et rappeler que c’est puni par la loi.
  • Interpeller d’autres personnes : Que l’on soit dans un transport en commun ou dans la rue, on peut demander à quelqu’un de réagir. En général, il vaut mieux s’adresser à une personne en particulier qu’à un groupe : « Eh toi ! Avec le t-shirt rayé ! Viens nous aider ! »

  • Ne jamais, JAMAIS, insister pour raccompagner. C’est hyper chiant. A proscrire les « Ce que je vais faire c’est que je vais te raccompagner chez toi. » ou autre « Non mais tu es vraiment sûr.e que tu veux pas que je te raccompagne ? » La personne fait ce qu’elle veut et insister relève du harcèlement. Donc NON !

Voilà, mon listing de petites astuces est terminé. Mais rien ne remplace un stage d’auto-défense. A terme, je sais pas, dans une petite centaine d’années, peut-être qu’on aura plus à s’arrêter sur son trajet pour expliquer à un énième relou que « non, me siffler n’est pas un compliment » et qu’alors, cet article tombera en désuétude. Mais parce que ce jour n’est pas encore arrivé, pourquoi ne pas te tester virtuellement ? Le ministère des Droits des femmes a, en 2015, réalisé cette vidéo interactive dans le cadre d’un plan national de lutte contre les violences dans les transports. Vas-y, c’est à toi de jouer !

Si tu as d’autres suggestions de ripostes, fais-en part dans les commentaires !

la mal-baisée

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