J’ai testé le volontariat à l’étranger

Fin 2015, j’ai passé deux mois et demi dans une famille au nord d’Inverness, la « capitale des Highlands » en Écosse. Entourée de sept terres-neuves, j’étais chargée de les nourrir, les promener, les brosser, les choyer. Le tout, volontairement, en échange du gîte et du couvert. Retour d’expérience.

 

Prise de son, montage : lamalbaisee.com

avion ciel

Vue d’en-haut

Je me souviens avoir eu cette petite boule d’appréhension dans mon ventre, les jours précédents mon départ. Et cette question, récurrente dans mes pensées : comment ça va se passer ? Je m’apprêtais alors à passer trois mois dans une famille que je ne connaissais pas, avec laquelle j’avais seulement échangé quelques mails : « Qu’est-ce que vous conseillez comme chaussures ? Des bottes en caoutchouc ou des chaussures de randonnée ? » ; « Non, je ne suis pas végétarienne, mais je suis effectivement allergique aux poils de chat. »

Je pense que sans aller à la rencontre des gens, le voyage n’est jamais vraiment complet. Il manque quelque chose. Un contact. Les réseaux HelpX et WWOOFing (voir encadré), offrent tous deux cette opportunité : voyager pour pas cher tout en partageant le quotidien d’une famille locale. Et cela m’a été bénéfique : « Si tu veux voir ce type de paysages, je te conseille tel et tel endroit. Ne te fie pas aux guides touristiques. Viens, je peux t’y emmener en voiture si tu veux ». Ces réseaux de volontariat sont également propices aux rencontres en tous genres. Je n’ai jamais été la seule volontaire et je me suis faite un tas d’ami.e.s. Tou-te-s, n’avions pas le même passé, ni la même éducation et nous venions chacun.e.s des quatre coins du globe mais nous avions en commun la même envie de s’échapper un peu de notre quotidien, de voir ce qu’il se passe « ailleurs ».

 

Qu’est-ce que le HelpX ?

Être volontaire dans une ferme, une exploitation agricole, le tout en échange du gîte et du couvert, c’est ce que propose les sites HelpX et WWOOFing qui mettent en relation voyageuse.r.s et hôtes du monde entier. Attention cependant aux abus, certains hôtes font travailler 35h voir plus par semaine ! Il s’agit de faire du volontariat et non pas de « piquer » le travail rémunéré de quelqu’un…

 

Le HelpX est en cela une sorte de « challenge » du vivre-ensemble. Il implique de partager son quotidien avec des personnes que l’on ne connaît pas et qui ne maîtrisent pas forcément l’anglais. C’est à ce moment que les mots « patience » et « conciliance » prennent tout leur sens.

Liath, fut mon hôte HelpX pendant ces 3 mois de volontariat. Lui et sa femme ont accueilli 60 volontaires en un an.

Témoignage : Liath Morrison / Interview, montage, traduction : lamalbaisee.com

Adieu au confort

Pendant ces 10 semaines, j’ai vécu à la dure. En tant que volontaire, je dormais dans une cabane en rondins (et partagée avec les autres volontaires), chauffée au feu de bois. Nous étions chargés de couper le bois à la hache, de faire le feu le tout en ne prenant qu’une douche par semaine. Mes ongles de mains et de pieds étaient constamment noirs et mes vêtements ne restaient pas propres très longtemps une fois lavés. Pour autant, je me sentais moins sale qu’après avoir passé une heure dans le métro parisien. De plus, je n’avais pas choisi la meilleure saison pour vivre ainsi dans le nord écossais. Partie le 10 octobre, rentrée le 20 décembre, moi qui n’allume habituellement jamais le chauffage et qui dort sans pyjama par 15 degrés, je passais toutes mes nuits avec collants et chaussettes en laine, ainsi qu’une polaire « grand froid » et un bonnet. Il faut dire que notre charmante cabane en rondins voyait sa porte s’ouvrir en grand chaque nuit, et l’air était tellement humide que notre pauvre feu n’en menait vraiment pas large. Quant à la température, elle dépassait rarement les 0°C. Enfin, le bois étant stocké à l’extérieur, faire du feu avec du bois humide et une température glaciale est vite devenu laborieux, voir impossible. Le point positif, c’est que j’ai ainsi appris à relativiser sur mon confort. Et n’ayant quasiment aucun moment « pour soi », car, du matin au soir, nous étions tout le temps entre volontaires, j’ai également apprécié de retrouver une certaine intimité à mon retour.

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Marlie, originaire de Hong-Kong, faisait partie des volontaires :

Témoignage : Marlie Li / Interview, montage, traduction : lamalbaisee.com

Sur place, ma mission était simple : quatre heures par jour étaient consacrées aux chien.ne.s, et une heure à l’entretien de la maison. Je devais donc sortir les 7 Terres-Neuves et le Labrador tous les jours (pas toustes en même temps), les nourrir, les laver, les brosser… Et c’était plutôt sportif ! J’ai très vite appris à les différencier, d’abord par leur caractère, puis physiquement : Flow la fougueuse, Coco la câline, Ruby la joueuse, Euishka la paresseuse… Très têtu.e.s, iels m’ont donné beaucoup de fil à retordre. Tou.te.s adorables, iels n’étaient cependant pas suffisamment bien dressé.e.s et faisaient régulièrement peur aux voisin.e.s lors des promenades quotidiennes. Dès qu’iels apercevaient un.e autre chien.ne, iels arrachaient violemment leur laisse de nos mains pour courir à leur rencontre et jouer. Malheureusement, à la vue de gros.se.s chien.ne.s de 80 kilos courant à toute vitesse en aboyant, les promeneur.se.s prenaient peur et piquaient parfois de grosses colères contre nous : « Vous êtes complètement irresponsables ! » Pourtant, les Terres-Neuves n’auraient jamais fait de mal à une mouche. Mais iels leur arrivaient de monter sur une voiture garée sur le bas-côté, juste pour « faire coucou » au conducteur ou à la conductrice, ce qui n’était pas du goût de ces dernier.e.s… Quant à moi et aux autres volontaires, il nous était presque impossible de retenir par la force ces mastodontes qui n’écoutaient pas nos ordres. Très vite, c’est devenu fatiguant.

Avec le recul, c’est une expérience inoubliable. J’ai partagé de superbes instants avec mes ami.e.s volontaires et avec qui je reste en contact. A ma surprise, je me suis réellement attachée aux Terres-Neuves. Très affectueux, iels m’ont beaucoup apporté. Et j’ai appris beaucoup à leurs côtés. Preuve qu’il n’est pas nécessaire d’aller bien loin. Le simple fait de s’évader de son quotidien, d’aller vivre quelques mois au-delà de ses propres frontières et le monde semble plus familier. On repousse un peu plus les limites et on prend confiance en les autres et en soi-même.

Vu ailleurs sur la toile :

Les arnaques du volontariat à l’étranger. Parce que, la plupart du temps, les ficelles sont grosses. Mais on est jamais assez prudent.e.s !

la mal-baisée

3 Comments

  1. Je découvre -avec délice- ton blog. L’écriture et le blog, le début d’une aventure que je te souhaite longue et couronnée de succès !

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