J’aime jouer avec mes règles dans les toilettes.

Moi, quand j’ai mes règles, j’aime porter des jupes blanches immaculées et faire des roulades dans la pelouse en bas de mon immeuble. Et puis je pète la forme, je chante, je danse, je ris… Bref, les règles, c’est la belle vie pendant 5 jours. Minimum. Et puis, quand je saigne de la teuch, je saigne bleu et propre ! Bah oui ! Je suis une fille. Et une fille, ça sent bon, ça sourit tout le temps et ça pète des paillettes.

Cher lecteur, chère lectrice, si cette version publicitaire édulcorée, que dis-je, abominablement mensongère des menstruations te convient, que tu la considères comme adéquate à la réalité, ne lis pas ce qui va suivre. Ou alors prévois une bassine.

menstrues

Les gros bouts là, c’est des morceaux de fraise

J’ai eu mes premières règles à 12 ans. J’en ai chié dès le départ. Je me revois encore sur le carrelage de ma salle de bain, allongée et pleurant toutes les larmes de mon corps, à tenter de trouver un fichu cachet qui puisse atténuer ma douleur. Sans succès. Spasfon, ibuprofène, antadys, pilule contraceptive… J’ai tout essayé et j’ai toujours cette merveilleuse sensation, d’avoir des litres de goudron qui s’écoulent et durcissent dans mes hanches, mon dos, mon ventre et mes jambes et me paralysent toute entière. Quand t’es en week-end ou en vacances, ça te pourri tes journées. Mais au moins, tu n’as pas à aller quémander un arrêt de travail chez ton/ta médecin, plus ou moins compréhensif-ve…

« Mais vous avez vraiment mal à ce point là ? » est la question qui m’est le plus souvent revenue aux oreilles.

« Bah non non. Je m’entraine juste pour mon rêve de toujours : devenir actrice. Ça va ? C’est assez convaincant pour vous ? »

Mal pendant les règles, est-ce vraiment normal ?

Avoir autant mal lors de ses règles, comme décrit dans le paragraphe ci-dessus, est en fait loin d’être anodin.

C’est souvent l’un des premiers symptômes de l’endométriose, première cause d’infertilité chez la femme en France.

Cet article y est entièrement consacré.

 

Un tabou persistant

Heureusement, toutes les personnes réglées ne sont pas logées à la même enseigne : certain-e-s ont pire que ça. D’autres n’ont que très peu mal, voir pas du tout. Il en va de même pour la quantité de sang. En ce qui me concerne, j’ai ce qu’on appelle « des règles hémorragiques ». En gros j’ai l’impression d’être en coloc avec un.e vampire. Et les carences sont vite arrivées… Et au travail comme à l’école, l’« excuse des menstrues » est rarement comprise. Étant collégienne, j’ai notamment eu du fil à retordre avec mon prof de sport : « Comment ça Sarah peut pas sortir des toilettes à cause de ses règles ? Si elle ne vient pas tout de suite sur le terrain, toute la classe sera pénalisée. » Bah oui c’est bien connu, les personnes qui ont leurs règles en profitent pour sécher les cours… Ces chochottes.

règles sang

Oh la belle rouge

Et puis les règles, c’est considéré comme étant sale, répugnant. Pourquoi le sang menstruel est t-il aussi tabou ? Et si c’était les hommes cis qui, demain, avaient leurs règles ? Le serait-ce tout autant ? A en juger par le nombre de dessins de bites qui fleurissent un peu partout dans la rue et les lieux publics, contrairement au sexe féminin qui lui, est invisible, il y a fort à parier qu’alors, chacun s’enorgueillirait de ce flux mensuel, en vanterait la quantité, en comparerait la consistance… Ce sang serait alors la représentation d’un symbole viril.

blanche neige menstrues saint hoax

Même Blanche-Neige a ses règles. Pas la peine d’en faire un cake.

Non, les règles ce n’est pas sale. C’est juste du sang. En revanche, ce qui est salement écœurant, c’est la pression sociale exercée autour de ce phénomène. Tout le monde sait que, depuis des millions d’années maintenant, la grande majorité des femmes de cette planète (sans compter les personnes trans, non-binaire, intersexes qui peuvent également être réglées) ont leur règles une fois par mois. Pourtant, on se sent quand même obligées de chuchoter, à la pause café, un petit : « tu pourrais me dépanner un tampon, j’suis en rade…» à sa collègue de boulot. Personne n’imaginerait se refiler une cigarette discrètement de main à main, en scrutant autour de soi que personne ne nous voit. De la même manière, personne ne devrait se voir forcée de baisser la tête honteusement quand, malencontreusement, une tâche de sang fait son apparition à l’entre-jambes du pantalon. En vrai, même si les menstrues sont une horreur à vivre tous les mois, en tout cas pour certain-e-s d’entre nous, ce serait largement plus supportable si tout le monde y mettait un peu du sien.

Montrer du vrai sang dans les pubs pour serviettes hygiéniques serait un début par exemple, comme celui ci-dessous, plutôt bien réussi :

Serviettes, tampons et… cancer : alerte rouge !

J’ai toujours juré que par les serviettes car même si j’ai souvent eu des fuites, j’ai jamais été foutue d’enfiler un tampon dans mon vagin. Mais franchement, écologiquement et sanitairement parlant, c’est pas plus mal comme ça. Les serviettes et tampons, tels qu’ils sont vendus dans les supermarchés, sont des catastrophes écologiques et un désastre pour notre santé. Aluminium, hydrocarbures, dioxine… Certaines marques de protections hygiéniques, y compris celles se revendiquant « bio », utiliseraient même des pesticides (notamment ceux contenus dans les produits RoundUp de Monsanto) pour leurs produits, comme l’explique cet article. Et hop ! Ça file tout droit dans nos chattes.

Heureusement, pour celleux qui peuvent se le permettre, il existe des solutions alternatives, souvent coûteuses sur l’instant, mais très économes sur le long terme… Au hasard : la coupe menstruelle, (souvent abrégée en « Cup ») est à la mode (voir la vidéo ci-après) mais aussi les serviettes réutilisables, pour celleux qui, comme moi, n’aiment pas trop faire rentrer tout un tas de trucs dans leur vagin. En effet, quelques entreprises françaises commencent à vendre des serviettes écologiques et respectueuses de notre santé, comme sur dansmaculotte.com ou sur plim.fr, qui sont les deux entreprises les plus connues à l’heure actuelle et où l’on trouve aussi des coupes menstruelles.

Pour finir, et si on arrêtait de nous prendre pour des gourdes ? Nos vagins ne sont pas justes des trous d’où pissent le sang une fois par mois, lesquels il faut boucher avec les moyens du bord, quand bien même ces moyens seraient dangereux pour la santé. Certain-e-s vivent très bien leurs règles, d’autres auront besoin d’un arrêt de travail pour prendre soin d’elleux à cette période délicate, qui peut réellement s’avérer éprouvante. Un peu de compréhension, ce serait vraiment trop demander ?

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la mal-baisée

4 Comments

  1. Super article ! Je voulais t’envoyer une photo de mes règles pour l’illustrer mais j’ai les menstruations capricieuses qui ne se pointent pas tous les mois !
    Bonne continuation !

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