Je voyage seule et je n’ai pas peur

Fin 2015, je suis partie seule, vivre dans une famille au nord de l’Écosse. Je n’avais jamais vu ses membres, je ne les connaissais pas, j’avais seulement échangé quelques mails avec elleux au préalable. J’ai passé trois mois là-bas et j’ai beaucoup vadrouillé, en auto-stop la plupart du temps. Je n’ai globalement pas eu de mauvaises expériences, même si quand on voyage seul.e, il peut y avoir plus de risques.

« Tu n’as pas peur ? » ; « Ce n’est pas un peu imprudent ? » ; « Mais tu es complètement folle voyons ! Tu pourrais tomber sur un violeur ! » Voici quelques-unes des réactions auxquelles je dois faire face lorsque je raconte à quelqu’un.e mes expériences d’auto-stoppeuse. Alors déjà, autant préciser tout de suite que, selon les statistiques, j’ai 83% plus de chances d’être violée par un de mes proches que par un inconnu. Au siècle où j’écris cet article, des femmes jeunes ou moins jeunes qui voyagent aux quatre coins du monde, seules avec elles-même, c’est chose courante me direz-vous. Et c’est vrai. Il n’empêche que nous (les filles), sommes confrontées à des tas de clichés, d’idées reçues quant au fait de voyager toute seule. Non, il ne faut pas faire la leçon à une femme qui a décidé de faire le tour de monde, parce qu’elle est libre. Mais malheureusement oui, voyager seule quand on est une femme comporte de multiples barrières, la plupart étant fixées par la femme elle-même, car pétrie de nombreux stéréotypes liés à son genre. Alors oui, non seulement je voyage seule et je pratique l’auto-stop seule, mais je le recommande (dans la mesure du possible).

Ici, l’interview de Jessie, une copine auto-stoppeuse, qui parcourt le monde depuis 2 ans le pouce en l’air.

Témoignage : Jessie Young / Interview, montage et traduction : lamalbaisee.com

auto-stop femme voyage

Jessie Young fait le tour du monde en auto-stop depuis 2 ans.

Et puis, voyager seule, c’est quand même chouette. On fait plus facilement la connaissance d’autres personnes. C’est à un arrêt de bus à quelques kilomètres d’Édimbourg que j’ai rencontré June, une vieille dame londonnienne. Un grand sac en plastique serré contre elle, cette petite dame aux soixante-dix ans passés m’a dit bonjour avec un grand sourire. J’en ai profité : « Quel est le bus qui va à Édimbourg ? Celui-ci ou celui d’en face ? » C’est parti comme ça. Elle m’a affirmé adorer la France, même si elle ne connaissait que Paris, les français sont tous des amours, paraît-il. « Et puis faire du shopping à Paris c’est quand même plus chic que faire les boutiques à Londres. » Nous avons fait le trajet vers la capitale écossaise ensemble, à discuter de choses et d’autres. Et soudain, June a ouvert le contenu de son sac plastique devant moi. A l’intérieur : une urne funéraire. « Mon mari adorait l’Écosse ! Du coup, je fais le trajet en bus jusque là-bas pour aller répandre ses cendres. Bon… Je ne devrais peut-être pas vous le dire, parce que c’est illégal en fait. Mais vous avez l’air gentille. » Le goût de l’aventure peut se manifester sous bien des formes ! Lorsque est venu le moment de nous quitter, elle m’a glissé son numéro de portable « en cas de souci » et un billet de 10£ dans la main : « être étudiante, c’est dur de nos jours ! ». A ce jour, on s’envoie des nouvelles par e-mail, et elle m’a même invitée à venir la voir à Londres.

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Partie en tant que volontaire dans une famille écossaise, j’avais droit à plusieurs jours de congé par semaine. Inutile de préciser que j’en ai profité !

 

Je faisais ce que je voulais, quand je voulais et n’avais de concessions à faire avec personne. Et si j’ai pu ressentir une certaine solitude par moments, à voir toutes ces choses sans pouvoir les partager avec quelqu’un.e, elle fut largement compensée par les innombrables, voir improbables, rencontres qui ont germées sur mon chemin. Polonais.es, tchèques, néerlandais.es, taïwanais.es, américain.es, australien.es, indonésien.es, russes… Des gen.te.s, on peut dire que j’en ai rencontré, et je dois dire que c’était sacrément génial.

« Tu fais quoi toute seule à faire du stop loin de ton pays ? Bah viens, on a qu’à faire un ptit bout de chemin ensemble ! »

L’auto-stop et le couchsurfing ont cela en commun qu’ils permettent de voyager pour pas cher. Idéal pour mon petit budget d’étudiante en somme ! Quand on sait qu’un ticket de bus pouvait coûter, une fois la conversion monétaire effectuée, environ 6€, autant dire que j’étais loin d’être la seule à agir de la sorte.

Qu’est-ce que le couchsurfing ?

Le couchsurfing signifie littéralement « passer d’un canapé à un autre ». Il s’agit en fait d’un site internet qui propose des hébergements temporaires et gratuits chez des particuliers, et cela, dans le monde entier.

 

Je mentirais en affirmant que l’un comme l’autre ne comportent pas certains risques. Si je n’ai eu que de très bonnes expériences en auto-stop (que je pratique depuis mes seize ans), j’ai cependant connu une mauvaise expérience en couchsurfing. C’était à Édimbourg, que j’avais prévu de visiter pendant trois jours. Arrivée à l’adresse indiquée par mon hôte couchsurfeur (que, pour des raisons d’anonymat, j’appellerai V.), celui-ci me fait monter dans son appartement, où il vit depuis six ans en colocation avec d’autres étudiants comme lui. Très vite, je me sens mal à l’aise, sans savoir pourquoi. Je pose mes affaires dans son immense salon, avec ses trois canapés, et où je pensais dormir. Il me fait entrer dans sa chambre, et me montre du doigt un vieux matelas miteux, juste à côté de son lit, sur lequel je suis censée dormir pour les trois prochaines nuits. Je ne dis rien, mais l’idée de dormir dans la même chambre qu’un homme que je ne connais pas me pose problème. Peu après, je décide de partir dans le centre-ville pour l’après-midi, et je l’annonce à V. qui me réplique aussitôt : « Ah non. Tu restes ici. Tu es mon hôte, tu ne vas nulle part sans moi. Tu m’attends, je ne suis pas encore prêt. » Le ton était clair et ne permettait aucune objection. J’ai dû passer tout l’après-midi en compagnie de cet insupportable garçon, qui me prenait le bras au moment de traverser la route, et refusait de me laisser seule dans une boutique. J’avais le sentiment d’être en cage. Il surveillait mes moindres faits et gestes : « Je peux savoir pourquoi tu gardes ces cartes postales dans ta main, et pourquoi tu ne les mets pas dans ton sac ? »

Ma réaction a été simple et directe : j’ai pris mes affaires et je suis partie.

Heureusement pour moi, les auberges de jeunesse sont relativement vides en hiver.

Des instants inoubliables

Mais il y a toujours du positif ! J’ai notamment fait deux des plus belles rencontres de mon voyage grâce au couchsurfing. Elles s’appelaient Joanna et Dzulia, étaient étudiantes polonaises et vivaient en colocation à Inverness, la « capitale des Highlands » en Écosse. J’ai passé les derniers jours de mon voyage chez elles et on s’est vraiment amusées toutes les trois, à tel point que nous sommes encore en contact aujourd’hui. Elles me laissaient le double de leur clefs en journée, et le soir, nous sortions dans les pubs ou regardions des DVD. Les pubs écossais offraient toujours des ambiances folles et sonores assez incroyables, où tout le monde dansait et faisait la fête, jeunes comme vieux.

randonneuse voyage

Voyager seule, c’est cool !

Avec le recul, je ne regrette rien de ce périple. Si il y a bien une chose que j’en retiens, c’est que l’on est jamais vraiment seul.e quand on voyage en solo. Pour moi, l’auto-stop ou le couchsurfing font partie des meilleurs moyens pour s’imprégner réellement d’un pays ou d’une région et en valent ainsi vraiment la peine. Certes, l’Écosse, ce n’est pas le bout du monde et ce n’est pas aussi dépaysant que l’Argentine ou le Cambodge par exemple. Mais je pense que ce n’est pas la distance que l’on met entre sa destination et son pays d’origine qui compte vraiment. L’important, c’est de savoir se débrouiller par soi-même, de se faire confiance et d’aller à la rencontre des autres, par tous les moyens possibles, que ce soit à Bali, Tokyo ou le petit village à côté de chez soi.

Enfin, parce qu’il existe des pays sur cette planète qui sont dangereux pour les femmes, que certaines régions du monde imposent des codes vestimentaires féminins, et que je n’ai pas vraiment eu le temps ni les moyens en un an de parcourir le globe tout entier, voici le petit conseil lecture de la baroudeuse novice que je suis :

L’art de voyager seule quand on est une femme (car apparemment, c’est un art !) de Aude et Ryan, disponible uniquement en version numérique ! Pour l’acheter, c’est ici !

la mal-baisée

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