Les filles et le sport : fragiles mes fesses !

Récemment, les Jeux Olympiques ont été le théâtre de prestations sportives fabuleuses. Mais pas seulement. Certains journalistes sportifs souhaitant apparemment remporter le trophée de la meilleure raclure de compétition. Ah le sexisme ! Il est partout. Et pas qu’aux JO.

Cette année, à Rio, de nombreux commentateurs sportifs se sont une nouvelle fois tristement illustrés par leurs commentaires sexistes et racistes. De manière générale, les médias ont tendance à parler des sportives en vantant leurs atouts physiques avant tout ou en commentant leurs liaisons avec des entraineurs ou d’autres sportifs. Il suffit d’aller sur un moteur de recherche et de taper : « athlètes femmes JO » puis « athlètes hommes JO » pour se rendre compte de la différence de traitement… Ce n’est d’ailleurs pas si surprenant, quand on sait que l’accès au journalisme sportif pour les femmes journalistes représente un parcours semé d’embûches. C’est ainsi que les commentateurs et journalistes présents à Rio ont affirmé que le mari et entraîneur de Katinka Hosszu était responsable des médailles de son épouse, alors que la nageuse olympique venait de pulvériser le record du monde du 400 m nages. « Voici l’homme responsable de son succès » ont-ils dit. Et ce n’est qu’un exemple parmi d’autres.

Ci-dessous, un florilège de sportives, pour la plupart françaises, talentueuses et tellement inspirantes :

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De mes 4 ans à mes 16 ans, j’ai fait de la danse classique. Paillettes, ballets, compétition… Au bout d’un certain temps, j’en ai eu marre et j’ai réalisé que ce n’était plus pour moi. Être tirée à quatre épingles, entendre constamment « il faut souffrir pour être belle » et avoir les pieds en sang à la fin de chaque cours étaient loin d’être une partie de plaisir. Pour autant, quand j’ai rangé mes chaussons de danse au placard, beaucoup de personnes n’ont pas compris (il n’y avait pourtant rien à comprendre, j’avais décidé d’arrêter, point barre). Et me l’ont fait savoir :

« Wahou ! Tu as fait de la danse classique pendant 12 ans ! Tu dois être trop forte ! Mais pourquoi t’arrêtes ? C’est dommage ! Tu vas perdre tout ce que tu as appris…»

Tu vas perdre tout ce que tu as appris. Il y a tellement d’absurdité dans cette phrase que je ne vais pas me fatiguer à l’expliquer en détail. J’ai perdu mon grand écart, oui. En même temps, je n’ai jamais cherché à le garder jusqu’à mes 80 ans… Mais on ne perd jamais « tout » ce qu’on peut apprendre en 12 années d’apprentissage. On retient ce qu’on en veut et on s’en sert pour autre chose. Ça s’appelle évoluer. Et en parlant d’évolution, je viens de commencer le Krav Maga, un sport de combat qui tire son origine de l’armée israélienne. Dès mes premiers cours, je me suis un peu méfiée : je suis l’une des seules filles, et l’ambiance est assez « testostéronée » : les mecs passent leur temps à défiler en caleçon de la salle de muscu au vestiaire et adorent se bagarrer tout en rigolant. Au premier abord, je craignais de devoir manger du sexisme. Mais heureusement (pour elleux) chacun.e agit avec l’autre indifféremment de son genre, on se donne des conseils et on teste les exercices de combat sans différence de traitement. Mon prof a d’ailleurs été le premier à répondre : « si, toi aussi tu peux le faire » à l’une des filles de mon groupe qui se pensait incapable de faire une prise à un mec, parce qu’il était plus grand qu’elle.

patriarcat

Vas-y, t’es la meilleure !

Je dois dire que c’est l’une des premières fois que je me sens autant à l’aise dans un groupe aussi masculin. Habituellement, quand je rentre dans un espace (salle de travail, garage automobile, salle d’attente etc…) et qu’il n’y a que des hommes ou presque, je sens les regards qui m’auscultent et me jugent. Au club, à l’inverse, je ne suis qu’un corps parmi d’autres. Avec des défenses et des points faibles. Que l’on soit petit.e, grand.e, maigre ou costaud.e, on reste un.e adversaire potentiel.le. Tout ça est bien sûr plutôt positif : malgré tout, je continue à rester méfiante. Mais de manière générale, je le suis au quotidien : ça fait partie de ma lutte contre le sexisme. C’est toujours quand tu te crois à l’abri que ça te tombe dessus.

Être une « vraie fille »

Et si j’ai été aussi surprise de ce qui devrait être une évidence : être traitée de la même façon qu’un homme, c’est parce que je n’en ai jamais eu l’habitude. Dès l’école, les pratiques sportives et les compétences sont genrées. Très tôt, on a une idée très précise de ce qui est « pour les garçons » et « pour les filles ». A tel point qu’on en fait des adjectifs :

Sa façon de courir est très virile

Il se bat de manière efféminée

Quand j’étais à l’école, durant mes cours d’athlétisme, les barèmes attribués aux filles et ceux attribués aux garçons étaient différents. Ainsi, pour avoir 20/20 au 1500 mètres, en tant que meuf, je devais réussir à faire le tour du terrain en moins de 15 minutes. Alors que les mecs, eux, pour obtenir 20/20, devaient mettre moins de 13 minutes (ceci n’est qu’un exemple, je n’ai plus les vrais barèmes en tête). Il en allait de même pour presque tous les sports (saut en hauteur, en longueur etc). De la primaire au lycée. Un garçon saute forcément plus haut et va forcément plus vite. Et puis en général, les filles sont plus petites donc plus fragiles, plus lentes. Le pire, c’est que la plupart d’entre nous, y compris les profs, trouvaient ça normal. De la même manière, à chaque fin d’année scolaire, lorsque les évaluations et notations étaient terminées, les derniers cours de sport étaient toujours « libres ». Entendons par là : les garçons jouaient au foot et les filles à la corde à sauter. A la fin de mon année de Troisième, moi et deux autres copines avions décidé de « faire grève » en protestant, du haut de nos 15 ans, contre cette répartition des activités. Nous avions demandé à faire du foot. Notre prof n’a pas compris et nous l’a interdit. Et puis de toute façon, comme nous avait répliqué plusieurs de nos camarades de classe :

« Si vous aimez pas la corde à sauter, c’est que vous n’êtes pas des vraies filles. »

Mais être « une vraie fille », c’est quoi ? Cela me rappelle le cas de la coureuse Caster Semenya. Jugée « trop testostéronée » elle avait dû prouver qu’elle était « bien une femme » et que donc, ses performances sportives (jugées trop excellentes pour une femme) ne relevaient pas de la triche. Autrement dit, le message est le suivant : une fille est forcément inférieure. Même la plus rapide des filles ne pourra pas égaler le plus rapide des garçons. Une preuve de plus que la notion de genre est, à l’origine,  une invention (récente) destinée à maintenir les femmes inférieures. En ce qui me concerne, je ne comprends pas l’intérêt à faire courir les garçons d’un côté et les filles de l’autre ? Ou pourquoi est-ce que les nageurs et nageuses olympiques ne pourraient pas concourir ensemble ? Les unes sont autant capables de prouesses sportives que les uns, et cela, peu importe le taux de testostérone de chacun.e.

Caster Semenya

Caster Semenya a remporté une médaille d’Or à Rio, 2016.

Alors certes, si le sexisme est toujours très ancré dans le milieu sportif, il faut s’efforcer de rester positif-tive. Oui, oui, c’est possible et recommandé ! D’ailleurs, les lignes bougent. Doucement, mais elles bougent. A l’occasion des JO (encore eux) l’été dernier, plusieurs athlètes ont évoqué leurs menstruations et l’influence qu’ont celles-ci sur leurs performances sportives. Pourtant, les règles, c’est un sacré tabou… C’est d’ailleurs le sujet de cet article.

 Et pour finir en beauté, voici un danseur classique qui envoie du lourd !

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la mal-baisée

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