La psychothérapie quand on a pas d’argent

Il y a maintenant un an j’ai débuté une psychothérapie pour la première fois de ma vie. Comment se lancer ? Quels sont les accès possibles quand on est précaire ? Comment se déroule une thérapie ? Si tu as déjà souhaité faire une thérapie, mais que tu te poses plein de questions et que tu n’oses pas, cet article est fait pour toi. Je reviens sur mon expérience et te donne mes conseils.

Il y a quelques années, je n’aurais jamais imaginé faire cela. Ce n’était « pas pour moi / pas mon truc ». Et puis il y a eu ce moment, où j’ai eu envie de sauter le pas, mais où j’ai été prise de doutes affreux : « Ça coûte trop cher » ; « Mes problèmes ne sont pas si importants » ; « Est-ce que j’en ai vraiment besoin ? » ; « Est-ce que faire une thérapie, ce n’est pas me poser en victime alors que je n’ai pas de quoi me plaindre ? » ; « Mais que vais-je bien pouvoir dire à ma.on thérapeute ? De quoi vais-je parler ? » Et… J’ai sauté dans le vide. Un an plus tard j’ai eu envie de faire un retour et de répondre aux questions – en tout cas celles que je me suis posées, et dont j’ai le sentiment qu’elles concernent d’autres personnes aussi. Si je ne réponds pas à tes questions dans cet article, n’hésite pas à me les poser en commentaire. Je n’ai pas forcément la réponse à toutes les questions, mais je suis disposée à aider si je le peux.

I/ Une thérapie oui, mais je n’ai pas d’argent

Il y a tout d’abord la solution APSOS, celle pour laquelle j’ai opté. Le concept est simple : on appelle aux heures de permanence indiquées sur le site de l’association, le-a bénévole nous pose deux/trois questions de base (notamment si l’on souhaite être suivi-e par un thérapeute ou unE thérapeute ou indifféremment), iel s’occupe de joindre les professionnel-le-s près de chez nous qui font partie du réseau Apsos, et nous met en contact avec ladite personne. Chaque séance coûte ensuite 8€, l’argent allant entièrement à l’Apsos. Le-a thérapeute, quant à ellui, exerce sa pratique en totale gratuité, et cela pendant un an. On signe un contrat, enfin un papier attestant qu’on entame une thérapie avec l’Apsos et que l’on s’engage à payer 8€ chaque séance, le tout pendant une année, non renouvelable. Pour ma part j’ai culpabilisé (et oui, ce serait trop facile sinon…) de payer aussi peu, au départ. Et puis j’ai compris : tout est un échange perpétuel. Il y a d’autres patient-e-s, plus aisé-e-s, qui payent plein tarif et grâce à qui je peux avoir un accès pour moins cher. Ce que je gagne en terme de développement personnel dans le cadre de ma thérapie, je le redistribue, sous mille et une formes autour de moi. Non, ce n’est pas cliché, c’est vrai. Je change en profondeur, j’effectue un mouvement : les autres autour de moi et mon environnement changent alors aussi. Et lorsque j’aurai les moyens de donner plus, alors d’autres pourront bénéficier du même système grâce à ma contribution. C’est un cercle vertueux. Et les thérapeutes qui pratiquent dans le cadre de l’Apsos l’ont a priori bien compris également. Enfin, une autre possibilité existent pour les personnes en situation de précarité : il s’agit des Centres Médico-Psychologiques (CMP). Ils ont des délais d’attente assez longs, mais les prises en charge sont gratuites et sans échéance finale (contrairement à l’Apsos – dont la prise en charge est, en revanche, instantanée).

II/ Suis-je légitime ?

Ah la la ! Cette fameuse question… Et cette foutue culpabilité, encore. Personne n’a à prouver quoique ce soit. Si tu songes à entamer une thérapie, c’est qu’il y a une raison. Peut-être qu’elle est très bien cachée, même à tes propres yeux. Mais si tu y penses, c’est qu’il y a quelque chose. Tout le monde a le droit à une thérapie, peu importe son histoire, sa vie. Les hiérarchies de souffrances, c’est caca. Tu ne fais du mal à personne en consultant un-e psy ! Le mot « psy » peut faire peur mais en réalité, il s’agit tout simplement de s’occuper de soi, apprendre à se connaitre, aller au fond de soi-même et s’incarner. Faire la démarche d’entamer une psychothérapie, c’est dur. Le premier pas est souvent difficile. Je pense personnellement que ce qui m’a le plus aidé, c’est de ne pas me fixer d’objectifs. A force d’essayer de distinguer l’horizon, de regarder à grandes échéances, on finit par louper ce qu’il y a sur le chemin. Au moment où j’ai appelé l’Apsos, je n’avais comme but que celui-là. De même quand j’ai appelé ma thérapeute pour la première fois. De nouveau lorsque je me suis rendue à son cabinet pour la première fois également. J’y suis allée étape par étape, sans me soucier de l’après, parce qu’il n’existait pas encore, que j’étais incapable de le deviner et qu’il ne m’aurait apporté que de l’angoisse. Je suis allée à ma thérapie sans autre but que d’avancer un pas après l’autre, et en coupant court aux spéculations de mon mental. J’y suis allée, point. Et les fois suivantes ont été de plus en plus faciles. Aujourd’hui, je m’y rends comme à la boulangerie (ou presque). Surtout, n’hésite pas non plus à te féliciter et à être reconnaissant-e envers toi-même. Le simple fait d’aller sur le site de l’Apsos, de se renseigner sur les CMP existants près de chez toi ou tout simplement de lire cet article constitue déjà une démarche en soi. Et c’est très fort. Se sentir fièr-e de soi, même pour les petits choses qui semblent anodines, ça nourrit l’âme.

III/ La psychothérapie, comment ça se passe ?

Il existe plusieurs types de psychothérapies ainsi que plusieurs sortes de « psy ». Je ne vais parler ici que de ce que je connais. Ma thérapeute n’est pas psychologue, ni psychanalyste et encore moins psychiatre : elle se définit en tant que psychopraticienne (cela englobe en fait plusieurs pratiques). La thérapie, ce n’est pas seulement l’instant passé au cabinet. Avant même la séance en tant que telle, il y a le trajet aller et celui du retour. Se déplacer jusqu’au cabinet de psychothérapie demande du courage, surtout les premières fois. Lorsque je m’y rends, j’effectue un « mouvement vers » qui est loin d’être anodin, et lorsque j’en sors, j’ai ce temps de trajet retour rien que pour moi, où je peux rester avec mes émotions et ce qui est ressorti de ma séance. C’est souvent un moment d’intériorité important, qui fait partie intégrante de la thérapie.

La thérapie s’adapte à moi, et non pas l’inverse.

Mes premières séances ont été très timides. Assise face à ma thérapeute, j’étais très mal à l’aise, je n’arrivais pas à parler de moi, j’avais les bras et les jambes croisées. D’un commun accord, ma thérapeute et moi avons opté pour des séances allongées. Aujourd’hui, je m’allonge systématiquement, parce que je me sens plus à l’aise comme ça, en fixant le plafond. Ce qu’il est essentiel de comprendre, c’est que la psychothérapie est TON espace. Le-a thérapeute n’est là que pour te guider, t’aider, mais c’est TON moment, TON lieu de parole. Ensuite, les premières séances ont aussi servies à faire connaissance avec ma thérapeute. Elle a appris à me connaitre en tant que patiente, et moi j’ai appris à la connaitre en tant que praticienne, et ensemble nous avons cheminé. Elle m’a tout de suite convenue, à aucun moment je n’ai envisagé d’en changer. Le jour où j’ai dû quitter Paris, nous avons continué par skype, parce que nous nous connaissions suffisamment bien. Je fais en sorte d’y retourner de temps à autres, quand je le peux, pour conserver un lien organique. L’essentiel à retenir : la thérapie s’adapte à toi, et non pas l’inverse.

IV/ Pour finir…

Chaque psychothérapie et chaque personne est différente, bien entendu. Pour ma part, même si j’ai encore du chemin à parcourir, mon année 2017 fut révolutionnaire dans ma connaissance de moi-même. Cette thérapie a ouvert un grand champ des possibles dont j’étais loin de soupçonner l’existence et je pense pouvoir dire que c’est l’un des plus beaux cadeaux que je me suis offert à moi-même. J’aurais très bien pu parcourir ce chemin toute seule, mais il aurait été beaucoup plus long… J’arrive au terme de mon contrat Apsos, mais je suis parvenue à un arrangement avec ma thérapeute qui va me permettre de continuer les séances malgré ma précarité. Si tu as besoin de compléments d’informations, de réponses à tes questions, de conseils : je reste à ta disposition dans les commentaires de cet article, par message privé ou sur les réseaux sociaux. De même, si tu penses à un-e proche qui envisage une thérapie mais qui se pose beaucoup de questions, tu peux bien sûr lui partager cet article. Néanmoins, chacun-e est libre, maître-sse de son corps et de son esprit. Il ne faut surtout forcer la main de personne, d’autant que cela – en plus d’être néfaste et parfois violent – n’est d’aucun intérêt. De la même manière que personne ne peut te forcer ou te pousser à entreprendre une thérapie.

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ANNONCE

Pour celleux qui ne me suivent pas sur Facebook, je suis dans l’incapacité d’être régulière dans mes publications en ce moment. Je n’ai pas le temps nécessaire et il est hors de question pour moi de m’imposer un rythme quelconque : j’écris quand je veux et quand je peux ! Merci beaucoup et à très vite.

la mal-baisée

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